Kering : le défi du redressement du n°3 du luxe au CAC 40, entre espoirs et risques de surévaluation

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Quelle trajectoire pour Kering, troisième acteur du luxe au CAC 40, après une année 2025 marquée par un effondrement spectaculaire de ses bénéfices et un recul de son chiffre d’affaires ? Le groupe, propriétaire notamment de Gucci, a vu son bénéfice net s’éroder de 93,6%, tandis que son chiffre d’affaires a diminué de 13%. Pourtant, la Bourse a salué ces résultats catastrophiques en propulsant le titre de plus de 11%, nourrissant l’espoir d’un redressement sous la houlette de Luca de Meo, arrivé à la tête du groupe en septembre 2025. Mais cette euphorie masque une série de tensions structurelles qui peuvent rapidement remettre en cause cette embellie.

Ce qu’il faut retenir

  • Un redressement entamé avec un quatrième trimestre 2025 moins dégradé que prévu, notamment grâce à une amélioration chez Gucci et les autres marques du portefeuille.
  • Dépendance marquée à Gucci qui concentre près de 60 % de la rentabilité opérationnelle, mais en déclin continu depuis trois ans.
  • Des tensions multiples à gérer, allant des pertes de talents à une compétitivité accrue sur le marché du luxe, en passant par les défis liés à l’Asie et aux choix stratégiques.
  • Une valorisation boursière qui semble d’ores et déjà intégrer un scénario optimiste, laissant peu de marge pour une surprise favorable.

la dynamique financière atténuée du quatrième trimestre donne un espoir confus

Le dernier trimestre de l’année 2025 chez Kering a illustré une modération dans la spirale négative. Le chiffre d’affaires a reculé de seulement 3 % à données comparables, contre des anticipations de -5 %. Gucci, marque pivot, a limité sa baisse des ventes de détail à 10 %, une amélioration notable comparée aux pertes dépassant les 20 % lors des trimestres précédents. Ce recul moins prononcé témoigne d’un premier signal prometteur, surtout si l’on considère la progression de 3 % enregistrée par Bottega Veneta et la stabilisation de Saint Laurent.

Ces chiffres montrent au marché un possible point d’inflexion dans la performance financière du numéro 3 du luxe au CAC 40, même si l’ombre du revers persiste.

l’assainissement financier, entre progrès tangibles et limites opérationnelles

Le redressement amorcé passe par un assainissement significatif des coûts et un recentrage stratégique. Kering a réussi à générer 925 millions d’euros d’économies, réduisant sa dette nette de 2,5 milliards d’euros au travers de cessions majeures telles que Kering Beauté à L’Oréal et la vente d’un immeuble clé à Ardian. L’arrivée de Luca de Meo a apporté un style managérial incisif, attendu de pied ferme par les investisseurs.

Pourtant, ce qui est clair, c’est que ces leviers ne suffisent pas à restaurer la croissance organique. La fermeture de 225 magasins non rentables sur 2025-2026 optimise la productivité, mais peut fragiliser la visibilité des marques sur certains marchés, notamment en Asie, un secteur où le groupe reste fortement exposé.

gucci : un pivot en crise à la croisée des chemins

Gucci, représentant 41 % des revenus et près de 60 % de la profitabilité opérationnelle de Kering, est confronté à un déclin prolongé. Ses ventes ont chuté de 40 % en trois ans, passant de 10 milliards à 6 milliards d’euros, et sa marge opérationnelle a été réduite de moitié. Cet effondrement remonte à l’ère post-Alessandro Michele, soulignant l’urgence d’un nouveau souffle créatif.

La nomination de Demna à la direction créative en juillet 2025 marque un pari audacieux sur une relance artistique. Les premières pièces de la collection « La Famiglia » ont reçu une accueil positif, bien que limité en distribution. Le défilé du 27 février 2026 sera un test crucial pour valider cette nouvelle orientation.

portefeuille fragilisé et fuite des talents – un défi supplémentaire

Outre Gucci, le reste du portefeuille de Kering est en perte de vitesse. Yves Saint Laurent recule de 8 % avec un effondrement notable du wholesale, tandis que Balenciaga, Alexander McQueen et Brioni affichent une baisse d’environ 10 %. Bottega Veneta se distingue avec une croissance de 3 %, mais la perte récente de ses dirigeants clés fragilise son potentiel.

  • La fuite des créateurs et dirigeants comme Bartolomeo Rongone et Matthieu Blazy signale un déficit d’attractivité qui pourrait pénaliser le groupe à terme.
  • L’arrivée de nouvelles figures, telles que Louise Trotter, devra inverser cette tendance dans un contexte hautement compétitif.

le contexte concurrentiel et l’exposition chinoise : un double défi stratégique

Le paysage concurrentiel s’est durci : Hermès affiche une croissance organique de 9 % avec des marges robustes, tandis que LVMH bénéficie d’une assise financière et d’une diversification difficilement égalables. Parallèlement, Prada et Brunello Cucinelli tirent leur épingle du jeu avec des performances solides.

Kering est contraint de combler un retard significatif. Sa capitalisation boursière, qui avoisine 34 milliards d’euros, représente moins de 20 % de celle de LVMH, soulignant un déséquilibre durable entre désirabilité et puissance financière.

L’Asie-Pacifique, autrefois moteur des ventes, reste en zone de turbulence. La stagnation de la consommation de luxe en Chine continentale et la prudence des ultra-riches chinois posent un réel frein. La réorientation des fermetures de magasins vers cette région reflète cette incertitude. L’euro fort, susceptible d’introduire de la volatilité dans la conversion des revenus, ne facilite pas non plus la tâche de Kering.

valorisation boursière : entre espoirs de rebond et risques de surévaluation

L’action Kering se traite autour de 280 euros, soit 34 fois les bénéfices estimés pour 2026, avec un ratio valeur d’entreprise sur chiffre d’affaires à 2,9. Ces niveaux traduisent une confiance des investisseurs dans un redressement rapide.

Cette surévaluation, comparable à celle de LVMH, paraît optimiste compte tenu des différentes zones d’ombre évoquées. La marge d’erreur est donc réduite, rendant la valorisation fragile face à tout contretemps. Il conviendra d’observer les indicateurs clés à venir, notamment les résultats des prochains trimestres et la matérialisation de la stratégie promises lors du Capital Markets Day d’avril 2026.

profil des investisseurs : comment aborder les actions kering ?

La gestion prudente s’impose, particulièrement pour les nouveaux entrants souhaitant intégrer Kering dans leur portefeuille. Les investisseurs confirmés peuvent conserver leurs positions tout en restant attentifs aux événements clés, tels que le défilé Gucci du 27 février et les annonces du prochain Capital Markets Day.

Le redressement du numéro 3 du luxe au CAC 40 reste une entreprise délicate, où la composante créative est aussi cruciale que les mesures financières. La prudence dans le suivi du marché boursier est recommandée, non sans reconnaître une réelle progression dans la stabilisation du groupe.

À découvrir également, le défi XXL lancé par Luca de Meo selon Investir et l’analyse approfondie de la valorisation de Kering qui comporte des risques non négligeables sur Exafi.

About the Author

Robin Meunier

Robin, 43 ans Consultant en gestion financière, Diplômé en comptabilité et gestion d’entreprise, avec une spécialisation en droit social et fiscalité des entreprises.
2 ans d’expérience en tant qu’expert-comptable au sein de cabinets spécialisés dans l’accompagnement des TPE/PME et des comités d’entreprise.
Clair et professionnel, mais accessible aux non-experts.
Sérieux et factuel, avec un souci d’apporter des solutions concrètes et applicables.
Persuasif et orienté vers l’action, en soulignant l’importance de bien choisir des partenaires spécialisés

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